Le plaisir de Voliette

Faire l’aller-retour jusqu’à Voliette lui avait permis de réaliser la gravité de son idée. Lui qui avait jugé les autres visiteurs pour leur manque de respect envers ces lieux avait songé à bien pire méthode pour s’infiltrer dans la dernière bâtisse fermée de Méaknar. Après toutes ses années de fouille dans les tours de mages abandonnées, il possédait pourtant quelques anneaux aux pouvoirs qui sauraient se rendre utiles dans pareille situation.
Accroupi dans son habitacle, Allir ouvrit son coffre aux mille et une merveilles. Outre son seau à vers pour les désastreux instants de pêche, une bourse pleine de bijoux magiques s’offrit à son regard. Il l’empoigna sans hésitation avant de signaler à Voliette qu’il était prêt à partir. Mentalement, il l’informa par images du chemin qu’il avait parcouru pour se rendre au bâtiment désiré. Si cela ne devait pas suffire, quelques ajustements se feraient en vol.
La dragonne gonfla ses poumons, soulevant par la même occasion le sas d’Allir, et son occupant. Puis, sentant le bâillement arriver, les muscles de sa gueule s’animèrent avant d’ouvrir largement ses mâchoires pour expulser son souffle chaud.
« Prêt quand tu l’es », déclara l’archilleur.
Ses yeux rencontrèrent ceux de l’humain, elle acquiesça. À l’aide de ses ailes, elle se redressa doucement jusqu’à pouvoir se tenir en équilibre sur ses deux pattes arrière. Le vent tendit la peau entre ses phalanges puissantes. Voliette inspira, profitant un instant de ce contact qu’elle ne ressentait que dans ces cités perdues. Au sol, l’air ne possédait pas la même nature. En vol, l’énergie et la force déployées l’empêchaient de le savourer aussi pleinement. Le cœur réchauffé de ce petit plaisir, elle poussa de toutes ses forces, tandis que ses ailes battaient l’espace avec résolution. De quelques mouvements seulement, elle s’éleva dans le ciel de la ville en ruine et repéra facilement la maison désignée par le bipède.
Elle la lui signala pour s’assurer qu’elle ne faisait pas erreur. La validation reçue, Voliette grimpa plus haut, encore plus haut, toujours plus haut. Avec un petit sourire de satisfaction, elle frappa l’air une dernière fois et replia les ailes en vrillant vers les nuages.
Rappelé par le sol, son corps cessa son ascension pour tomber en piquet vers les dalles fendues de Méaknar. Les détails de la cité en contrebas se précisaient avec une rapidité affolante. Mais ni elle ni son dragonnier ne redoutaient la suite, elle le savait. Au contraire, ensemble, ils goûtaient au plaisir d’une descente à vive allure. L’adrénaline, la vitesse. La confiance.
Enfin, Voliette déplia ses ailes à quelques dizaines de mètres de hauteur et amortit la chute de ses pattes musclées. Rien de cassé, pas de mort. Juste une frayeur grisante, et maîtrisée. Un autre regard vers l’humain. Il la célébrait depuis son étrange bulle de verre et d’acier, à grand renfort de gesticulations des bras et d’applaudissements.
Allir sortit de son sas, son sac d’anneaux accroché à la ceinture, et courut jusqu’à la tête de la dragonne.
« Magnifique, Voliette ! Toujours aussi géniale. Je ne sais pas comment tu fais pour encore rendre ça aussi fou, mais merci. »
Ses ongles grattaient les écailles de l’immense créature, faussement désintéressée par le traitement offert. Ah, il connaissait bien son caractère et ses joies, aussi insista-t-il entre ses naseaux, puis sous la pointe de sa mâchoire.
« Bien, conclut-il alors que ses doigts commençaient à souffrir de l’effort, maintenant, on va s’occuper de cette porte »

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2 réflexions au sujet de « Le plaisir de Voliette »

Isabelle GeorgelinPublié le  3:34 - Mar 7, 2019

C »est chouette de pouvoir suivre les aventures pas à pas! J’ai hâte de découvrir ce qu’il y a derrière cette porte:

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