Retour de flamme

Le coup qu’il reçut à l’estomac lui coupa le souffle. Il resta la bouche ouverte, les yeux exorbités, le corps arqué par l’impact. Jusqu’à ce qu’Ourkess le saisisse à la gorge et le soulève. Il lui dédia le même sourire de délice qu’il revêtait depuis le début de sa colère, puis le projeta avec force vers le pilier le plus proche. Garguyme grimaça lorsqu’il heurta la pierre ouvragée. L’accueil du sol fut tout aussi peu amical. Sa tête frappa les dalles.

Après quelques souffles hachés, le Capricieux leva tout à coup les doigts, comme pour stopper celui qui progressait vers lui. Il fut le premier surpris de remarquer que l’effet produit fut celui escompté. Immobile, mais toujours ce masque satisfait sur le visage, Ourkess le fixa, curieux de voir la suite.

« L’heure de ta gloire, cracha Garguyme, meurtri, est à des lieues de toi. Il reste trop de vies, trop de braves, pour que tu puisses quitter ta demeure. Tu dois…

– Je dois ?! hurla le dieu de la guerre. Et qui va m’arrêter ? Regarde autour de toi. »

Tout comme le dixième, la totalité des immortels sur place gisait au sol, trop faibles pour se relever.

« Alors, qui va m’arrêter ? Tu sais, frère, j’ai compris. Il m’a fallu du temps, je l’admets, mais j’ai compris votre jeu. Vous me redoutez, ma force vous fait peur. Je suis le seul à posséder le vrai pouvoir. Regarde-toi, séparé de ta fourberie, tu es vide. Les critiques d’Armouth, voilà tout ce qu’il vous reste lorsqu’il est hors du royaume des morts. Du royaume des faibles ! De ceux que j’ai rejetés ! »

Ourkess prit le temps de souffler :

« Je suis le seul à pouvoir agir, à pouvoir impacter sur la vie. Sur la vôtre aussi, sourit-il.

– Alors pourquoi vit-elle toujours ? »

Garguyme put voir la surprise au creux des yeux de l’autre immortel. Voilà, il avait joué sa carte maîtresse. La rage d’Ourkess était la source de sa force, mais elle serait aussi celle de sa folie. Il réfléchissait grâce à elle, il suffisait de l’aviver pour la faire brûler.

« Tu parlais de ma gloire », reprit le dieu guerrier alors qu’il approchait du Capricieux.

Trop faible pour bouger, le dixième se laissa soulever.

« Voilà que ta propre vie s’achève. »

Avec fluidité, il tira sa lame et perfora l’estomac de Garguyme. Puis il se délecta du regard perdu de sa victime et le laissa tomber. Le liquide vital du supposé immortel coula avec douceur sur les dalles pour se glisser au creux des petites fissures.

Le Capricieux déglutit alors qu’Ourkess se lassait de le voir mourir. Il l’observa, sourd, quitter le palais des dieux pour rallier sa propre demeure. Garguyme avait espéré éviter cette péripétie pour amorcer l’ultime bravade. Mais ce qui était fait était fait, et sa perte motiverait peut-être ses frères et sœurs.

« Écoutez-moi, dit-il aussi fort que possible. Mazy est la seule mesure viable.

– Garde tes forces, souffla Gormo.

– Tôt ou tard, Ourkess aurait compris qu’il pouvait agir à sa guise. Il …, toussa le Capricieux. Vous devez aider la guerrière. Elle seule pourra le… »