La vie se poursuit

La childa faisait face à toute la tribu. Elle qui avait vu Mazy ouvrir les yeux pour la première fois tremblait. Lors de l’ultime visite de la guerrière, celle qui partage la parole des dieux lui avait presque craché dessus. Pour après laisser des hommes marcher vers elle pour la supprimer. Elle avait toujours regretté ce geste.

Impossible désormais de célébrer ce jour avec foi et loyauté. Il marquait toutefois la joie de la vie, du futur et surtout la gratitude. Il marquait l’arrivée de l’Imbattable, de Celle-qui-protège-les-faibles, de la déesse Mazy.

Alors que la childa soulevait la statuette de bois, le remords accabla ses épaules.

« Je t’absous. »

La voix de la guerrière se faufila jusqu’à ses oreilles.

« Tu exécutais les ordres des immortels, voilà tout. Et tu as toujours été là pour moi. Parfois malgré toi, sourit-elle. »

Les larmes aux yeux, la childa étira ses bras pour que chaque homme et femme puisse voir la sculpture.

L’odeur des herbes voletait, ravivée par les flambeaux. Le feu des dieux crachait sa chaleur pour se mêler à celle du soleil. Cette ardeur s’empara de la foule, et la poussa à hurler, à applaudir, à célébrer la gloire de celle qui les avait tous sauvés. La childa poursuivit l’office. Elle marcha jusqu’à l’autel, posa la statuette, et y appliqua la flamme de sa torche.

*

« Et voilà, recouverte par les flammes, ta forme physique disparaît pour laisser place à quelque chose de plus dur. Tu verras vite ce qui a été choisi. Pour ma part, je crois que tu sauras apprécier. Mais laisse faire, cela peut parfois durer.

– C’est officiel, tu fais partie de la famille désormais. »

Armouth souriait, chose rare, et ouvrit les bras pour accueillir Mazy. Quelque peu déboussolée, elle le fixa, de même que tous les autres dieux. Elle remercia Garguyme et révéra Ourkess, tous deux perdus au cœur du chaos. Puis elle accepta l’accolade.

« Tu vas voir, l’immortalité, c’est le pied, l’accrocha Potehète. Et puis avec toutes tes victoires futures, et passées, précisa-t-il, il va falloir faire la fête.

– Hum. »

Difficile d’accepter cette réalité. Elle avait quitté sa vie d’autrefois pour embrasser celle des dieux. Elle serait désormais auréolée de cette famille, plus seule à survivre coûte que coûte. Le prix à payer, elle était plus que prête pour cela. Déjà, la voix des faibles se faufilait vers ses oreilles. Elle devait les aider.

« Impossible de les sauver tous, souffla Armouth, sois judicieuse. Et surveille celui ou celle qui voudra profiter de ta force.

– Qu’il essaye. »

*

Où suis-je ? Quel est ce lieu ?

Sa voix même s’était tarie au cœur du chaos. Il regardait autour de lui, mais seule l’obscurité lui apparaissait. Le goût, le toucher, la vue. Comme le souffle de l’air, l’idée d’être lui vacillait, étirée, puis vivace, forte, pour muer et repartir à des lieues.

Il se rappela qu’il avait tué, qu’il avait voulu diriger, puis il oublia. Sa défaite jaillit, éclata. Elle disparut. Le flou. Le regret. La peur, aussi. Être le plus fort, pour se perdre ici.

Pourquoi ? Qu’ai-je fait de mal ? J’ai suivi ma voie, celle murmurée à mes oreilles.

« C’est vrai, et tu as perdu, car tu t’es perdu. »

Qui ? Ou quoi ?

« Courage, frère, je sais ce que tu éprouves. »

Frère ? Qu’est-ce que cela ?

« Tu te rappelleras vite de tout ça, tu es fort. Approche, laisse-toi guider par ma voix.

Pourquoi… m’aider ?

« Le caprice habituel, c’est probable, s’amusa-t-il. Le malade parlerait de folie, le têtu, de traîtrise. Je préfère le courage. Aaaaah, le peuple oublie toujours que la pièce possède deux faces. Allez, éveille-toi, il faut sortir de là, et rééquilibrer tout ça. »

 

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