Coup de pouce

La curiosité assaillait l’esprit de la guerrière. L’homme qui lui faisait face semblait à la fois peu sûr de lui et cordial, voire sympathique. Malgré tout, l’aura qu’il dégageait la rebutait. Surtout si elle s’attachait aux détails. Il avait, si elle le croyait, composé le repas pour deux et prévu à boire, comme s’il savait qu’elle arriverait ici. Puis il avait bravé ses paroles de défi. Le tout avec le calme qu’il persistait à exhiber. Pour achever cette histoire, il avait parlé de sa quête. Que préparait-il ?

« Qui suis-je ? Qui suis-je ? répéta-t-il, méditatif. Au fait, tu vas rester comme ça pour toujours ? Tu devrais boire de l’eau, ça te ferait pas de mal.

– Dis-moi ce que tu fais là ?

– J’étais disposé à jouer, mais ça me fatigue. »

L’homme souffla sa lassitude, puis se frotta les paluches, tout sourire.

« Arrête-moi si je me trompe. Attirée par les armes, tu choisis la voie des guerriers et espères mourir aux combats pour trouver ta place au côté d’Ourkess. Mais trop forte, trop rapide, tout ça, tu survis. Ta valeur se fait savoir et tu guides ta hache là où coule l’or. »

Le visage de Mazy se décomposait au fur et à mesure que parlait le visiteur.

« Malgré tout, tu survis toujours. Et là, au comble du désespoir, tu formule ta promesse. »

Il cessa sa tirade et fixa le regard déboussolé de la guerrière.

« Tu m’as laissé parler, ce qui veut dire que j’ai juste. Voilà qui me plaît, s’applaudit-il. Et pour achever ce récit, tu t’es adressée aux dix dieux, et parmi mes frères et sœurs, je suis le seul à réagir. Quoique, Faraky a guidé le bellâtre vers toi, hier soir », ajouta-t-il pour lui-même.

Perdue, Mazy bougeait la tête avec calme. Elle refusait de croire ce qui se passait face à elle.

« Toujours est-il que me voici, et tu me rejettes, acheva-t-il avec douceur.

– C’est faux, murmura la guerrière. Vous…

– Oui ?

– Vous vous jouez de moi. »

Peu sûre d’elle, le flot de mots coulait hors de sa bouche :

« Et à supposer que ce que vous dites est vrai, impossible de me fier à vous. Vous seriez le Parjure, même votre fratrie se méfie !

– Capricieux, pas Parjure, corrigea-t-il. Et qui, sur cette terre, a toujours su rester fidèle à tous ses choix ? Je suis comme ça, s’excusa-t-il presque. Les habitudes, la vie rituelle… Ça me blase. »

Il chassa le vide qui lui faisait face.

« Là, tout de suite, je suis avec toi et je te propose de l’aide. Elle vaut ce qu’elle vaut, mais je crois que c’est tout ce que tu as. »

Large sourire aux lèvres, il acquiesça.

« Profite du fait que ça m’amuse ! s’excita-t-il. Après, ce sera trop tard. Alors, vas-tu suivre l’idée de Garguyme, la seule que tu aies, au risque que je délaisse ta quête tôt ou tard ? Ou préfères-tu passer ta vie à errer, privée de l’amour d’Ourkess ? »