Combattre ou mourir

Sur la place du village, la folie s’était emparée de la foule. Qui cavalait de droite et de gauche avec pour seule logique l’idée de rester sur les lieux, qui implorait les cieux de le gracier, qui pleurait face à la mort. Au milieu de ce spectacle absurde, la childa, les bras ouverts, progressait vers l’homme recraché par Ourkess.

Alors qu’elle courait pour rallier le site du futur désastre, Mazy fut perforée par la frayeur. Voir l’émissaire si près de l’être de plus de deux mètres de haut assécha aussitôt sa gorge. La guerrière serra les mâchoires, elle devait faire vite ! Elle attrapa le bouclier acheté plus tôt, l’agrippa ferme et poursuivit à vive allure. De même, la childa s’approcha du soldat du dieu et courba le dos. La tête basse, elle semblait lui parler. Quelque chose de terrible allait arriver. Mazy pressa l’allure.

Apparu de frais, le colosse du royaume des morts paraissait perdu. Il s’observa de la tête aux pieds, comme si sa propre forme lui demeurait mystérieuse. Puis il leva le regard pour admirer le même tableau que Mazy plus tôt. La foule. La childa. Le guerrier sourit, presque amusé.

Vite, elle devait faire vite !

Il ferma les doigts, puis les rouvrit pour attraper l’épée fichée à sa cuisse. Avec lourdeur, il tira la lame au clair. L’acier refléta la lumière du jour et aveugla Mazy.

Elle passa outre, elle se trouvait désormais à quelques pas du massacre proche. La childa, elle, priait avec toujours plus de ferveur. Elle refusait d’admettre que sa vie s’achèverait sous peu.

Le colosse abattit sa lame. Mazy, désespérée, se précipita vers la prêtresse. Elle décolla du sol et se protégea au mieux avec le bouclier tout frais.

L’impact fut rude.

Lorsque la guerrière rouvrit les yeux, ce fut la vive douleur qui parcourut toute la partie gauche de sa carcasse qui la réveilla tout à fait. Puis ce fut l’écho des cris des villageois, sa lèvre supérieure éclatée, l’arrière de sa tête. La réalité réapparut alors que l’épée du colosse surgissait sur le bleu perpétuel du ciel. Par réflexe, Mazy roula sur elle-même sur trois mètres pour, au bout du compte, se relever. Le décor vrilla autour d’elle quelque temps.

Survivre ! Désormais, elle devait se focaliser sur l’idée de survivre. Voilà qui paraissait difficile, avec ce bras décroché, cette cheville fragilisée et les remous du sol.

Toutefois, et comme toujours, la guerrière refusa la défaite.

Aussi prête que possible, Mazy attrapa le bois de sa hache et libéra l’arme offerte par Alij, le faiseur de clefs.

La suite promettait d’être ardue.