La foudre frappe

Paralysée par le doute, Mazy fixait la petite ville tout juste quittée. La première file de bâtisses lui priait de s’approcher, de se précipiter parmi ses murs. Elle devait résister et se préserver de l’attaque morale des dieux. Elle devait être ferme ! Et assumer sa part de l’histoire que Garguyme avait prodiguée aux bourgs à proximité. Toutefois, que pouvait-elle faire face à la childa locale, elle qui faisait lieu d’autorité ?

Mazy serra la mâchoire. Hurler à tous que l’émissaire des immortels comptait les tromper, que le peuple devait restait sourds à ses belles paroles, alors qu’elle-même disait la vérité. Ou même attaquer et défaire ses gardes. Voilà qui paraissait ridicule. Pas impossible, mais risible. La totalité des efforts de Garguyme, le Capricieux, pour faire d’elle la déesse qu’il espérait serait stérile. Pire, la globalité des villes et villages avertis la verrait désormais comme l’image de la duperie. Cela ombragerait à coup sûr le Dixième. Ceci la fit sourire malgré le sombre climat.

« Comme tu veux », lui avait dit Garguyme alors qu’elle l’appelait à l’aide sur la meilleure chose à faire.

Puis elle se remémora pourquoi elle accomplissait tout cela. Pourquoi elle survivait, pourquoi elle écoutait le dieu de l’imposture et de la tromperie. Si elle avait bravé les immortels et sa propre childa, c’était pour attirer la curiosité et cultiver l’appétit d’Ourkess. Elle s’était promis de rallier sa demeure pour l’épouser. Mazy se mira de la tête au pied. Elle trouverait sa voie jusqu’à lui. Coûte que coûte !

Décidée et désormais prête à se mesurer à l’autorité de la childa, et à défaire sa garde s’il le fallait, la guerrière fit trois pas vers la ville, puis se figea.

Le ciel s’assombrissait. L’air s’alourdissait. L’atmosphère s’électrisait. Le souffle court, les sourcils plissés, Mazy savait ce que ce spectacle augurait. Mais pourquoi ouvrait-Il le portail ? Impossible qu’Il souhaite aspirer l’âme de braves, au vu du défaut de combat. Ou alors, Il l’appelait, elle. L’ardeur qui s’empara de la guerrière fit exploser le muscle cloîtré au milieu de sa cage thoracique. Grâce à Garguyme, Il admettait sa valeur !

Le sourire aux lèvres, elle se mit presque à courir vers la ville. Emplie d’espoir, Mazy crut même que la childa était là pour la retrouver et la guider vers Ourkess, pas pour la diffamer.

Alors qu’elle se trouvait à quelques pas des premières maisons, le portail vers la demeure du dieu de la guerre s’ouvrit tout à fait, et la foudre frappa. Droit sur la place qu’elle avait traversée plus tôt pour rallier l’auberge.

Impossible ! Mazy refusa de croire ce qu’elle voyait. Ourkess avait-il perdu l’esprit ? Avait-il, par cet éclair, amorcé la mort et le massacre des faibles ? Avait-il dépêché ses âmes meurtrières sur Terre alors que la caste des braves respirait toujours ? La femme secoua la tête. Et pourquoi ?!

Puis elle s’aperçut que l’orage avait cessé de rugir.

Toutefois, même avec ce seul coup de foudre, avec ce seul guerrier d’outre-tombe libéré de la demeure d’Ourkess, la totalité de la ville allait y passer. Dès lors, Mazy comprit qu’elle se trouvait face aux choix révélés par Garguyme. Agir ou fuir. Sauver les faibles ou faire demi-tour et les délaisser. Quelle aura de déesse voulait-elle revêtir ? Car pour épouser Ourkess, elle devra quitter sa mortalité. Désormais, elle le réalisait tout à fait.