La promesse de Mazy

Le ciel assombri de la sorte poussait les regards à s’y perdre. Comme les autres, celui de Mazy était tout dirigé vers le ballet de corbeaux qui déjà s’exécutait au-dessus du champ de bataille. Admirative, elle oublia les soupirs de détresse à ses pieds. Cet orage de plumes faisait savoir que l’au-delà s’ouvrirait sous peu. La voix des corbeaux s’éleva. Mazy plissa les yeux, désireuse de voir l’approche des serviteurs d’Ourkess .

Comme chaque fois, ce privilège fut réservé à d’autres, aux braves, aux fiers, tombés au combat. La vie s’accrochait à Mazy, trop coriace pour lui être ôtée. Depuis tout ce temps qu’elle se perdait au milieu des mêlées, depuis tout ce temps qu’elle désirait se prouver que sa place se trouvait aux côtés d’Ourkess, elle bouillait de rage. Que devait-elle faire ?! L’appel des augustes corbeaux se mua, désormais moqueur. Elle leva sa dextre pour défier le dieu de la guerre et lui hurla qu’elle serait des leurs. Et qu’elle surgirait au beau milieu de sa salle d’armes, pour le mettre à mal !

Le calme qui suivit sa tirade lui fit réaliser la gravité de ses mots. Défier Ourkess ? Quelle folie. Mazy laissa ses yeux embrasser le champ de bataille. Le relief, couvert de cadavres, d’armes perdues, ou de drapeaux agités par de courtes rafales, s’assombrissait ; le soleil quittait cette terre. Chaque âme qui passait à travers le vortex créé par les corbeaux se mêlerait à toutes les autres. Ourkess les appelait.

Le futur de Mazy était tout autre. Elle serait la femme qu’Ourkess désirait ! Et elle le lui prouverait.

L’homme à ses pieds lui rappela que la vie le quittait par de petits gargouillis. Elle baissa les yeux sur sa lame, toujours fichée à la clavicule de sa victime. Fatigué, il avait oublié sa blessure, qui laissait échapper de petites bulles rouges. Il admirait, comme elle peu de temps plus tôt, le vol des oiseaux sombres, ces messagers du dieu de la guerre. Mazy tut sa jalousie et s’approcha du visage de l’homme. Elle lui sourit avec fierté, le félicita et récita la prière d’adieux. Puis avec fermeté, ôta sa lame. Elle l’observa partir, sure qu’elle le reverrait. Et qu’elle les régirait, lui et toutes les âmes guerrières.